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De nouveau mis en avant par la Sécurité Routière

Le casque obligatoire : une vraie fausse bonne idée !

Philippe Devis

dimanche 16 décembre 2007

Rendre obligatoire le port du casque causerait en réalité davantage de morts que cela ne sauverait de vies.

« Rouler en vélo est dangereux. Dénué de protection, le cycliste est vulnérable. En cas d’accident, les traumatismes crâniens peuvent avoir des conséquences très graves. Il faut donc rendre le casque obligatoire. Ceux qui s’y opposent sont des irresponsables. »
Le raisonnement peut paraître convaincant. Mais il est faux. Rendre obligatoire le port du casque causerait en réalité davantage de morts que cela ne sauverait de vies. Explications...

- La perception des risques est disproportionnée.

Rouler en ville en vélo serait dangereux. C’est ce que beaucoup disent ou s’imaginent - parmi les cyclistes, et plus encore parmi ceux qui n’utilisent jamais leur vélo en ville. La réalité est différente : « en agglomération, parmi les personnes tuées, les catégories d’usagers les plus vulnérables sont les piétons, les motocyclistes et les cyclomotoristes » (1). Le taux de traumatismes crâniens, rapporté au nombre de déplacements, est du même ordre chez les cyclistes et les piétons, et dans les deux cas guère plus élevé qu’en voiture (2).
Ce risque augmenterait avec la taille des agglomérations et le trafic... Là encore, les faits démentent une perception répandue mais fausse ; la gravité des accidents en vélo est plus importante dans les petites villes que dans les grandes. Car contrairement aux idées reçues, « plus l’agglomération et la densité du trafic sont grandes, plus la gravité des accidents diminue (3) ».

- Rendre le casque obligatoire dissuaderait de nombreuses personnes de prendre leur vélo...

Les rares pays qui l’ont imposé ont observé une baisse du nombre des cyclistes : -30% en Australie, davantage encore en Nouvelle-Zélande (2). Parce que porter un casque n’est pas toujours pratique. Mais surtout parce qu’en accréditant l’idée qu’il serait dangereux de rouler en ville en vélo, l’obligation renforce la perception d’un risque déjà largement sur-estimé, et conduit de nombreuses personnes à se détourner du vélo.

- ... réduisant le nombre de cyclistes sans pour autant entraîner les résultats escomptés

Des études réalisées en Allemagne ont montré qu’il n’y avait pas de corrélation entre le port du casque et la baisse du nombre de victimesii. En Nouvelle-Zélande, la diminution du nombre des cyclistes ne s’est pas accompagnée d’une diminution du nombre des accidents, mais d’une augmentation de leur gravité, avec des lésions cervicales plus nombreuses (2).

- alors que le taux et la gravité des accidents diminuent au contraire quand le nombre des cyclistes augmente.

C’est notamment ce que montrent en France les chiffres de la Sécurité routière. Alors que la pratique du vélo comme mode de déplacement urbain, certes encore modeste, n’a pas cessé d’augmenter depuis une décennie, le nombre des accidents et des victimes, ainsi que leur gravité, ont diminué (voir tableau ci-dessous). Plus les cyclistes sont nombreux, plus les automobilistes y portent attention - et leur présence a un effet modérateur sur les vitesses de circulation qui profite à la sécurité de tous les usagers de la rue. La première sécurité des cyclistes, c’est leur nombre.

- Rendre obligatoire le port du casque aurait ainsi toutes les chances de produire les effets inverses à ceux que l’on croit pouvoir en attendre

Les résultats, en termes d’accidentologie, seraient contraires à l’objectif visé. Mais les inconvénients de cette obligation ne s’arrêteraient pas là. En dissuadant ceux qui hésitent à prendre leur vélo, elle contribuerait à réduire une activité physique régulière dont on connaît les bénéfices pour la santé. Le manque d’activité physique est notamment à l’origine de l’augmentation des maladies cardio-vasculaires, tandis que la pratique du vélo en ville contribue au contraire à l’allongement de la durée de la vie. Chercheur à l’INRETS, Jean-René Carré a calculé le bilan de l’usage de bicyclette pour la France en termes de santé publique : il a montré que le nombre de vies gagnées par l’usage quotidien de la bicyclette est plus de 6 fois plus élevé que le nombre de vies perdues en cyclistes tués (4).

- Rendre le casque obligatoire est donc une fausse bonne idée, qui doit être abandonnée

Certains font le parallèle avec l’obligation du port de la ceinture de sécurité pour les automobilistes. Mais ce parallèle n’est pas fondé. D’une part, toutes les études montrent que la ceinture de sécurité diminue statistiquement les conséquences des accidents, alors que ce n’est malheureusement pas le cas pour le port du casque. Mais surtout, ce rapprochement oublie le plus important : pour ou contre la ceinture de sécurité, l’automobiliste continue de prendre sa voiture, tandis que le cycliste à qui l’on impose le casque renonce très souvent à prendre son vélo. En termes de santé publique, les conséquences sont contraires à l’effet recherché.

- Les vrais enjeux sont ailleurs

Chaque année en France, environ 70 cyclistes décèdent à la suite d’un accident en ville.
Chaque année en France, la pollution atmosphérique due à la circulation automobile provoque 17.000 décès prématurés.
Ces deux chiffres augmentent à chaque fois que l’on dissuade quelqu’un de prendre son vélo.

Ne nous trompons ni d’enjeu ni de cible.

Philippe Devis


Cyclistes victimes

année tués à 6 jours blessés dont blessés graves Gravité (tués pour 100 victimes)
1990 401 8 257 2 286 4,63
1995 374 7 681 1 881 4,64
2000 255 5 927 1 039 4,12
2001 242 5 259 925 4,40
2002 211 4 571 850 4,41
2003 190 4 851 848 3,77
2004 167 4 427 669 3,64

« La sécurité des cyclistes n’a cessé de s’améliorer depuis 1970. Cette évolution a été plus rapide que celle de la sécurité routière en général, tous usagers confondus. Le nombre de tués a en effet été divisé par près de cinq en 35 ans. » (1)


Sources

1. Observatoire national interministériel de sécurité routière. Bicyclettes - Grands thèmes de la sécurité routière en France. Février 2007.

2. Fubicy : dossier casque.

3. Observatoire national interministériel de sécurité routière. Les grandes données de l’accidentologie - caractéristiques et causes des accidents de la route. Juin 2003.

4. La bicyclette : un mode de déplacement méconnu dans ses risques comme dans son usage. CARRE, Jean-René. 49, 1995, Recherche Transports Sécurité, pp. 19-34.

5. Sécurité routière. Les grandes données de l’accidentologie 2006.

6. Observatoire national interministériel de sécurité routière. La sécurité des bicyclettes de 1992 à 2001. s.l. : La documentation française.

P.-S.

Le logo de cet article à été emprunté au site québecois Véloptimum



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